Et si la clé du bien-être était en forêt ?

Rédigé le 12/01/2026

De nombreuses recherches confirment ce que l’intuition populaire murmurait déjà. En 2019, une étude de l’université du Michigan, publiée dans la revue Frontiers in Psychology, a démontré qu’une immersion régulière dans des espaces verts – forêts, jardins ou parcs – entraîne une baisse mesurable des taux de cortisol, l’hormone associée à la tension nerveuse.

Trente-six citadins suivis pendant huit semaines ont montré une amélioration de leur état dès 20 à 30 minutes passées dans un espace naturel, sans distractions numériques ni sollicitations sociales. « Les espaces de nature contribuent au développement psychique et physique des individus car ce sont des espaces ouverts, diversifiés, et qui stimulent les cinq sens. Ils favorisent la créativité et encouragent à se mettre en action », précise Anne-Caroline Prévot, écologue et directrice de recherche au CNRS.

Le lien avec la nature est également crucial pour le développement psychique et moteur des plus jeunes. Les enseignants qui emmènent leurs élèves en forêt constatent qu’ils sont ensuite plus attentifs, plus agiles et mémorisent mieux. « Il existe une conjonction de données qui montre que le fait de ne pas profiter du vivant a des conséquences négatives sur le développement, rappelle Anne-Caroline Prévot. Les enfants laissés libres dans un espace de nature sécurisé se développent plus efficacement que ceux cantonnés en intérieur. » Pourtant, la fréquentation des forêts par les jeunes générations tend à se raréfier.

Or l’attachement au vivant se nourrit d’expériences sensibles et partagées : un bois de banlieue, un maquis méditerranéen ou un petit senes bienfaits sont tels que dans certains pays, les médecins généralistes prescrivent des « immersions en nature ». Aux États-Unis, en Corée du Sud et surtout au Japon, où est né le Shinrin-Yoku, que l’on pourrait traduire par « bain de forêt », les forêts et les réserves naturelles arrivent en tête des espaces prescrits, suivis par les parcs urbains et les jardins privés. Les activités conseillées varient : marche, jardinage, méditation. L’idée sous-jacente est simple : renouer avec une expérience sensorielle et corporelle que la vie urbaine tend à raréfier. Une synthèse publiée dans The Lancet a passé en revue deux décennies d’articles scientifiques : elle conclut que ces prescriptions contribuent à abaisser la pression artérielle, réduire les symptômes anxieux et favoriser un meilleur équilibre émotionnel.

Cette idée n’est pas nouvelle. Dès 1984, le chercheur américain Roger Ulrich publiait dans Science une étude devenue célèbre : des patients hospitalisés, installés face à une fenêtre donnant sur la nature, récupéraient plus vite que ceux dont la chambre donnait sur un mur de briques. Leur séjour était plus court, leur moral meilleur, leur consommation d’antalgiques plus faible. Une simple vue sur des arbres suffisait à apaiser l’esprit et soutenir la convalescence.

GRANDIR AVEC LA FORET « Souvent, il ne s’agit pas de la forêt en général, mais d’une forêt particulière, d’un lieu chargé d’émotions. C’est l’expérience sensorielle et singulière qui crée l’attachement : grimper à un arbre, sentir une odeur de résine, marcher sur un chemin familier. Ces émotions, liées à un cadre social et culturel, génèrent un sentiment d’appartenance et nourrissent le lien au vivant. La perception positive alimente l’attachement, et inversement », souligne Alix Cosquer, docteur en sciences socio-environnementales.